samedi 27 juin 2015

Tatouage et écriture: partie1

Même si elles ne sont pas systématiques, les écritures ont toujours existé dans le tatouage. Et comme tous les tatoueurs, j’ai dû en faire à répétition pour “apprendre”. Mais aujourd’hui, j’ai réellement conscience de leurs forces et de leurs faiblesses. Je suis donc capable de vous expliquer pourquoi je peux refuser une écriture dans un cas et l”’imposer” dans un autre.

 

 Avant de l’utiliser, il faut comprendre le pouvoir des écritures (je dis bien écritures au lieu de typographie ou calligraphie car je tiens à inclure les traitements moins nobles). Dans le cadre d’une composition, j’interprète l’écriture comme la voix qui vient compléter une musique. Celle-ci attire l’attention bien plus que l'environnement qui l’entoure. Un mot prononcé ou écrit implique un message, et la curiosité humaine fait que l’on cherche systématiquement à le comprendre. Et si l’on ne cherche pas à le comprendre, il détournera forcément notre attention.

Par exemple : essayez de parler à quelqu’un sans lire ce qui est écrit en plein milieu de son T-shirt!
Sur ce principe on peut donc grogner ou gribouiller un semblant de mot pour stimuler l’imagination des gens. 


C’est donc incontestable, même s’ils nous envahissent, les mots nous attirent. Et c’est justement cela qui pousse des millions de personnes (et je mesure sans exagération) à se faire tatouer le prénom de leur enfant sur le poignet. “C’est petit, c’est efficace et ça reste personnel“. Et bien je ne suis pas d’accord avec ça, cette méthode est réductrice. Je refuse de résumer une personne que j’aime par son simple prénom sous prétexte que c’est efficace. La relation exclusive que je vis avec une personne existe à cause d’un échange, d’une passion, d’un voyage, d’une réflexion, d’un concours de circonstances ou même d’un accident… et c’est cela qui doit être mis en avant. L’acte du tatouage est symbolique ; la recherche et la conception en sont les piliers. Faites de vos projets des pièces réellement personnelles. Vous n’êtes pas artistes mais vous avez forcément une sensibilité qui alimente votre personnalité et celles-ci vous aideront à caractériser vos intentions.


Attention, cela ne veut pas dire que je suis réfractaire à l’emploi des écritures en tant que telles. Illustrer les histoires que l’on me confie en les dessinant, c’est ce que je préfère, mais il y a des textes qui ne peuvent pas exister sous une autre forme, soit par leur taille, soit par leur fond. Les puristes diront qu’il est impossible d’illustrer un texte sans déformer le propos, le style, ou le contexte. Le choix d’une typographie devient alors décisif tant elle a le pouvoir d’accentuer ou d’atténuer  la lisibilité et le caractère d’une lecture.
Avec cette même conscience, la construction typographique peut devenir un travail d’orfèvre. A titre d’exemple, vous pouvez aller voir le travail d’Oked, Norm Will Rise, Lucho Morante, Pokras Lampas ou encore Sadhu le Serbe.


Pour conclure et éclairer ceux qui ne savent pas où je me situe dans tout ça, j’assure mes rendus avec une demi douzaine de typographies récurrentes qui m’aident à garder une tonalité dans ma production. Les seuls partis pris typographiques que je souhaite développer sont liés aux gestes aléatoires d’un ductus naturel et dynamique ou à la rigueur d’un texte strict.
En gros, je veux continuer à ponctuer mes illustrations de typographies, donner de l’amplitude à mes mouvements quand quelques mots suffisent et accentuer ma rigueur dans le traitement des blocs de textes.


Je salue Olivier Boissié que j’ai ennuyé plus jeune et qui m’a permis d’écrire ces lignes aujourd’hui. :)

PS : Le mot exception fait partie de mon dictionnaire.
PS2: La seconde partie de cet article est basée sur la création pure ; à suivre ...

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