mardi 22 mai 2018

NAISSANCE DEUX


Je suis papa pour la deuxième fois. J’ai donc remis un coup d’exhausteur de goût à ma vie et pour la métaphore je dois partager mon assiette mentale intelligemment afin que tout le monde mange à sa faim. Ce deuxième lardon révèle une réalité existante que je percevais mal avant que j’accepte de prendre la pilule rouge.


Voilà donc ce que j’ai pu mettre à plat:
même si c’est un travail de longue haleine il est plus facile de séduire, d’aimer une personne le temps d’une session de tatouage en tirant les traits qui mettent en valeur l’autre.
Plutôt que d’aimer une personne dans la poussière d’un quotidien sans spectateur ou l’on oublie de ficeler les poubelles. Mais dans la vie, pour garder la ligne, on ne peut pas se nourrir exclusivement de dessert … [je signe ici ma dernière métaphore culinaire].


D'après une mécène avertie sur le sujet, les grands créateurs ont souvent une faille narcissique béante qui leur permet d'exceller dans leur domaine. Je me rends compte que la force de mon autonomie artistique était tombée en plein chaos privé il y a 4 ans. En psychologie, la sublimation représente le processus de transformation de l’énergie sexuelle en la faisant dériver vers d’autres domaines, notamment les activités artistiques...


Pour être clair, mon activité de créateur jumelée aux réseaux sociaux m’a sauvé il y a quelques années. Sur la toile, “l’amour” des uns stimule l'algorithme des autres. Et en compensation d’un manque d’amour proche, les retours positifs, flatteurs ou amoureux qu’on retrouve sur le net ont été de précieux substituts. J’ai donc en partie travaillé en public pour recevoir de quoi combler ”une case”, mais j’ai momentanément sauté une étape dans le privé.




Mon travail de créateur a nourri mon esprit et le ventre de ma famille. Mais mon activité m’a aussi privé d’un quotidien que je jugeais trop banal en contraste des expériences créatives explosant dans mon atelier. Ce même phénomène m’a détourné de certains amis dont je trouvais les discussions trop fades en soirée en comparaison au degré d’implication, d’intimité et parfois d’amour que je recevais par certains inconnus devenus clients pendant quelques heures...je n’ai pas su apprécier la force de ce contraste et sans en faire la demande explicite je voulais repousser les limites dans une seule direction.


Mais en regardant en arrière, j’ai rencontré par accident  la femme de ma vie la même semaine où j’ai planté ma première aiguille il y a 9 ans. Elle, elle sait regarder et questionner facilement sur les détails “insignifiants” mais pas inutiles. Elle, elle écoute avec empathie pour comprendre les autres. Pour cause elle, elle a su qui j’étais, avant moi. Elle, elle sait dire les choses désagréables pour éviter à une personne de pourrir. Et c’est aussi pour elle que je rédige ces lignes. Mon activité de créateur est indissociable de mon histoire d’amour et je comprends que je dois les protéger l’une de l’autre; trouver comment elles peuvent se stimuler sans éclipser l’autre. Lison, la création et moi avons embarqué dans la même navette sans figer les destinations, et aujourd’hui il y a deux nouveaux passagers.


Avoir un enfant c’est “presque” comme marcher sur la lune sauf que c’est “un petit pas pour l’humanité, un Grand Pas pour l’Homme”.



Il n’y a pas plus commun qu’une naissance si on se dit qu’on est tous nés un jour! De ce postulat, vu de loin un de plus c’est quoi? Et pourtant quand on le vit de l'intérieur ça nous bouleverse. D’une façon culcul on dit toujours à un créateur que ces enfants sont ses plus belles créations. Et bien je le pense! Je pense aussi qu’elles sont surtout les plus honnêtes et les plus complexes. Elles sont amenées à évoluer chaque jour en fonction de ce qu’on leur donnera à boire et à manger. Elles sont en conjugaison avec l'évolution du monde, elles sont amenées à agir et à s’émanciper. Faire un enfant c’est créer un cadre d’influences suffisamment solide pour protéger ta progéniture mais aussi créer un cadre  souple qui puisse s’ouvrir le jour où ta création souhaitera te transcender.


C’est accepter que notre création la plus complexe se réalise quand on acceptera qu’elle ne nous appartienne pas. C’est jouir de la meilleure place en tant qu’acteur spectateur!


Comme de nombreux artistes je me rends compte que l’on invente rien, on ne fait que révéler des potentiels existants. Et pourtant j’ouvre ma bouche car je suis inspiré...j’aspire à inspirer et pouvoir parler d’humanité car ce sont pour moi les deux principales qualités d’un artiste.