vendredi 19 juillet 2019

L'EGO dans la peau

L'EGO dans la peau

Client ou tatoueur, qui a le plus gros Ego ? Et pourquoi un dessin voit sa valeur s'élever dans l'imaginaire collectif quand il est sur la peau ?


Sans avoir de connaissance de la relation entre un sujet et son support, nous réagissons de manière systémique face à l'occupation d'une image, l'engagement perçu dans sa réalisation fait son coût (surtout n'osez pas remettre en question ce que je dis car je suis un grand scientifique, c'est évident). C'est ainsi qu'une fresque géante aura souvent plus d'impact qu'un petit flyer avant même que l'on en saisisse le propos. L'envergure physique d'une image et la taille du support créent une première sensation de domination là où le flyer repose sur le sol où l'on marche. La fresque géante implique des heures de travail et donc de labeur là où le flyer mineur semble n'être qu'une photocopie physiquement peu engageante. De plus, la grande fresque bénéficie de l'image du graffiti, le risque pénal qu'encourt le “graffiteur” pour propager son message (ou son Ego) renforce l'idée de difficultés surmontées pour créer une telle image… Banksy, je pense à toi en écrivant ces mots. C'est ainsi que le tatouage en tant que pratique flattant l'anthropocentrisme fait aujourd'hui parti des média les plus regardés. Nous avons tous une idée sur son coût physique, temporel, monétaire et social.

"Petite fille aux ballons" 2005 Israel par Banksy
"Petite fille aux ballons" de Banksy, 2005, Israël. 


" Concernant l'impact d'une image au premier coup d’œil, l'effort physique surpassera souvent l'effort intellectuel. Tatouer c'est plus compliqué que dessiner sur papier ! L'effort physique devrait donc être partie intégrante du concept pour équilibrer le fond et la forme..."


Pourquoi un dessin sur la peau vaut plus que sur papier ?
Ce n'est pas tout à fait vrai mais en tant que tatoueur il y a plusieurs positions où cela se vérifie. Par exemple, la production de flashs et cette fameuse phrase que l'on retrouve sur les réseaux sociaux de tatoueurs : " j'aimerais beaucoup le tatouer celui-ci ". Pourquoi dit-on cela ? Pourquoi a-t-on envie de le faire si l'on sait que le dessin fonctionne, qu'il est tatouable, que l'on a la capacité de le faire et qu'en plus les followers vont le "liker" ? On va juste changer de support ! 

Je vois plusieurs réponses simples dont une pragmatique. Cette dernière concerne uniquement le tatoueur, car pouvoir payer son loyer en faisant un dessin que l'on aime, c'est pas désagréable ! Dessiner un flash c'est cool, mais ça prend du temps et ça ne paye pas tant que le flash n'est pas tatoué. Cela présente donc un risque de perte de temps. Donc tatouer un flash que l'on a préparé c'est parier sur des thématiques et des plastiques qui vont nous faire vivre (en tant que tatoueur). Le client peut ressentir cela (pas le fait qu'on doive payer notre loyer). Il ressent l'envie et l'investissement dans une thématique. C'est flatteur en tant que client de savoir que le faiseur a un attachement à sa réalisation, cela valorise le projet et cela garantit aussi un niveau de soins particulier. Comme si ce projet brillait un peu plus que les autres pour lui. Mais le client ne se trompe-t-il pas en voulant absolument tomber sur un tatoueur qui va "aimer" son projet ? Pourquoi est-ce si important que le tatoueur se sente en phase avec votre projet ? Pourquoi lui demander en fin de séance s’il est content de son travail ? Et ce quand vous lui avez imposé les choix de composition, l'échelle et la hiérarchie des informations. Pourquoi se soucier de l'avis de quelqu'un dont on souhaite prendre le contrôle ?

" L’œil du tatoueur valorise le sujet ! "

#bullshit


J'émets l’hypothèse que le caractère égocentrique du tatouage pousse le client à choisir un tatoueur renommé soit par réel intérêt de son propos, soit par souci de soumettre sa personne, son corps et ses goûts à quelqu'un dont on acceptera publiquement l'ascendance. Car dans notre société, la "fame" est un critère de sélection (je sais de quoi je parle avec mon demi million de followers). Plus le tatoueur est connu et fait figure d’autorité, plus notre soumission au professionnel en tant que client semble "logique" et surtout pas humiliante, là où on refuserait à un apprenti de nous dire quoi porter et comment ! Un "vrai artiste" on accepte qu'il sache pour nous seulement si c'est un artiste reconnu. 
A l'inverse certain ne souhaiterons pas se faire tatouer par un tatoueur auteur dont la signature finira par posséder un bout de leur corps. Ils ont besoin d'un faiseur sans nom permettant d'illustrer leur propriété en respectant des contraintes techniques minimales. Et c'est dans ce cas précis que la question "est-ce que ça te plait ? " m’agace. " Non ça ne me plait pas, mais ça m'est nécessaire et ça ne doit pas te poser de problèmes car nous vivons grâce à cette réciprocité "*.
*dans mon cas je me fais un malin plaisir à montrer ce qui ne me plaît pas quand ça arrive, c'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour montrer quand quelque chose me plait vraiment et que je suis sincère. Tout aimer, ce n'est pas possible, cela ne donne aucun relief et cela ne permet pas d'avoir d'éléments de comparaison ou de contraste. 



Si vous reliez les points vous savez que mon message actuel autour de l'ego renvoie vers le projet TON VISAGE qui illustre une vraie volonté de rupture avec ce que je viens d'évoquer. A ce sujet mon amie DaDa m'a très justement éclairé sur l'importance de l'ego dans le développement de l'humain. A l'enfance l'ego se développe rapidement pour nous protéger des blessures et de l'isolement. L'ego développe des stratégies permettant de ne pas rester dans l'ombre, de ne pas être oublié car quand on est enfant nous ne sommes pas indépendants ni autonomes. L'oubli de notre existence par notre entourage signifie directement notre mort. J'ai un bébé à la maison… Il ne sait pas se faire à manger mais il sait crier pour dire qu'on est en retard dans la préparation du repas ! L'ego fait prévaloir notre existence sur l'occupation des autres en mesure de s'occuper de nous. Le problème c'est qu'en devenant adulte, il faut reconsidérer l'ego alors qu'il nous a permis de vivre ou survivre jusqu'ici. Être un adulte avec un ego d'enfant fait de nous des personnes dysfonctionnelles continuant de faire valoir notre propre personne alors que c'est la communauté qui nous a permis d'en arriver là. L'ego d'enfant protège à court terme pour garantir une éventuelle existence dans le futur. Mais cette même mécanique de réaction à court terme empêche un adulte de communier, il l’empêche de se baisser pour servir d'appui à des causes qui le dépasseront. L'ego aime le pouvoir et l'autorité qui finissent par être la prison empêchant l'enrichissement extérieur et la mise en commun de remise en questions...l'ego est une armure lourde dont il faut savoir se défaire pour continuer d'avancer et éviter de rester paralysé dans une joute.Pour revenir au cœur de mon sujet, voilà pourquoi un dessin sur la peau vaut plus que sur papier:La réponse la plus forte à mes yeux c'est l'incarnation du motif. La volonté de se faire tatouer c'est faire rentrer une symbolique, une esthétique, un concept sous la peau. C'est faire d'un dessin inerte sur papier un passager de notre corps jusqu'à la mort. C'est partager un bout de notre vie avec une idée, un symbole, une trace, une mémoire. Non pas pour la rendre éternelle mais simplement pour lui donner de la vie le temps de notre passage. C'est montrer que parmi toutes les images que nous avons croisées ou imaginées certaines valaient notre temps, notre argent, notre souffrance, nos voyages, nos ruptures sociales, notre diplomatie, notre espace corporel**. Certaines images méritent que l'on finisse par ne plus nous regarder dans les yeux mais plutôt sur les bras, les jambes ou le torse.
**Et si j'étais une femme je pense que mon décolleté serait un emplacement militant.



Mais qu'est ce qui fait que l'on préfère porter ce flash plutôt que d'en avoir une impression accrochée au mur ? Ou simplement de l'avoir en fond d'écran sur notre portable ? Dans le monde de l'image où nous vivons, l'omniprésence d'images et la pluralité des supports fait ressortir une hiérarchie valorisant les sujets. Pour un même logo dessiné, quel est le support qui marquerait le plus ?
On évalue l'impact et la valeur d'une image en fonction du rapport "attendu" entre la nature du support et la nature du sujet. Une tête de mort sur le bras d'un biker semble plus logique qu'une tête de mort sur le porte document d'un banquier. Pourtant c'est moins compliqué à mettre en place en terme de temps-douleur-argent.

Effectivement changer un fond d'écran sur ton portable que tout le monde peut charger sur internet ça semble accessible et futile. Pourtant le fond d'écran dominant de ton portable symbolise souvent un attachement particulier comme la photo dans le portefeuille de nos parents il y a quelques années. Et ça se renforce si au bout de quelques années c'est toujours la même image que tu utilises...
D'ailleur est-ce que cela ne serait pas plus beau, plus puissant, plus éprouvant mais évocateur de rencontrer une personne qui transporterait sur lui, dans ses poches le premier dessin de son fils, tracé sur une feuille fragile il y a plus de 60 ans. Imagine qu'il ait porté cette image tous les jours de sa vie avec les contraintes que cela implique. Porter, transporter, accompagner et faire voyager une seule image et pas des centaines. La plus importante à nos yeux, une sélection qui témoigne de sa propre fragilité en étant sacralisée dans le quotidien répété de la vie. Vie qui ne permet pas de garder une image intacte si l'on fait le choix de vivre !

le grand bleu tatouage



Gourmet, gourmand, goinfre ou porc de l'image... peu importe le support, c'est votre façon d'incarner une idée, une image, à répétition ou de manière exclusive qui donne une indication de votre attachement et de votre engagement envers elle. 


Cette article est co-écrit avec mon orgueil et ma philanthropie. 
PS : je vous déconseille de ne lire que les passages en gras

jeudi 4 juillet 2019

Le plus grand tatouage du monde m'agace

Le plus grand tatouage du monde m'agace...


dessin ego olivier poinsignon illustration pendu soun article tatouage

"Admiration, jalousie et déception ... que je transforme en motivation pour sublimer un projet qui parle d'EGO dont je ne lâche pas le bout dans cette vidéo qui n'attend que vous."
 J'aime pas comme je viens d'écrire mais j'ai vraiment envie que tu regardes cette vidéo jusqu'à la fin et que tu me dises que tu veux participer à ma chaîne d'Ego ! On pourrait manger des bananes pas bio pour fêter ça...




Si vous êtes abonnés à ma news letter vous avez eu accès à cet article une semaine en avance. Sinon me revoilà avec une critique salée du tatouage constitué de 60 personnes, de Moganji commandé par l'entreprise Momondo qui vient donc s'inscrire en parallèle de mon top 5 des tatouages les plus importants de l'histoire du tatouage ( je dois faire valoir la qualité de ma subjectivité maintenant).




Bon visionnage et merci d'avance pour vos commentaires 
si ils permettent d'avancer.



vendredi 28 juin 2019

Si le tatoueur n'est pas l'artiste, qui c'est ?

Si le tatoueur n'est pas l'artiste,

qui est l'artiste ?


artiste tatoueur olivier poinsignon

Je pose une question qui me semble évidente depuis des années

mais travailler sur "les 5 tatouages les plus importants" de l'histoire 

m'a replongé dans ce paradoxe que je vais approfondir avec vous.



Le premier point délicat de cette question c'est tout d'abord de savoir ce qu'est un Artiste.
Pour beaucoup le statut d'artiste est officialisé quand une personne vit de son art
(et là on fait un "gap" en supposant que l'on est tous d'accord sur la notion de "qu'est ce que l'art" ).
Le dicophilo  m'a également donné un coup de main en me rappelant que le statut d'artiste
est souvent attribué aux personnes dont la production est pluridisciplinaire.
Par exemple, Michel Gondry est reconnu comme un artiste car il est
réalisateur, photographe, peintre, musicien ... Il a une vision et une proposition étendue de "l'Art".
A l'inverse, Michael Bay est considéré comme réalisateur avant d'être artiste
(et c'est déjà beaucoup quand on voit tout ce qu'il fait péter dans les films qu'il réalise). 



Mais il n'est pas rare d'entendre Monsieur et Madame parler de leur tatoueur comme d'un artiste.
Il en découle là une notion de valorisation égocentrique de la personne qui intervient sur notre corps.
Le mot artiste ou plutôt le titre d'artiste bénéficie d'une hype que l’artisan peut se mettre sur l'oreille.
Sachant qu'aujourd'hui monsieur Instagram XX reproduit inutilement les portraits de célébrités
sur des têtes d'épingles - je suis certain que ça existe - juste parce que c'est compliqué et
que personne ne l'a fait. XX sera reconnu comme un artiste plutôt que comme le témoignage de
l'absurdité de ce que nous sommes prêts à faire pour attirer l'attention ou au mieux chasser l'ennui
dans notre monde de divertissement. Au contraire, un maître artisan du bois passera beaucoup plus
inaperçu car la rigueur et la fonction de sa pratique ne l’amèneront pas dans des contrés
déraisonnables où l'obsession de la fame brille tel le gyrophare de Fred-pizza qui te fait louper ta
trajectoire  au dernier feu tricolore. 

Voici donc la fin de mon introduction ... Mon corps va aller plus vite car sinon je ne vais pas réussir à
me contredire correctement. Le tatoueur n'est pas nécessairement artiste mais il peut être le faiseur
d'une oeuvre d'art s’il accepte de concrétiser la commande d'un artiste à la manière de
Wafaa Bilal ou Wim Delvoye.  Dans ce cas de figure, selon votre sensibilité, votre collection et votre
projet de corps, c'est potentiellement vous l'artiste car c'est vous qui gérez le grand projet de tatouage
qui va durer toute votre vie. Et ce, que ça soit en passant par Filip Leu, par Rit Kit ou par le cousin de
votre belle-sœur !


Demander à "un artiste" d’écrire le prénom de votre enfant "

comme il a envie" ne donnera pas naissance à une oeuvre d'art.


La définition moderne de l'artiste évoque une personne qui produit une vision à travers un ou des médiums et ce indépendamment d'une quelconque commande. La technique employée devient alors tributaire de la vision de l'artiste. Cette vision intègre souvent un travail de série ou fait alors partie d'une transversale témoignant de l’intérêt et parfois de la légitimité de l'artiste qui se prononce.

Demander à "un artiste" d’écrire le prénom de votre enfant "comme il a envie" ne donnera pas naissance à une oeuvre d'art. Il ne faut pas se mentir : vous trouverez le prénom joli surtout parce que ça parle de votre enfant. Objectivement, la personne que vous croisez dans la rue, elle se prend au mieux une belle typographie en pleine tête et au pire un prénom qui ne lui évoque rien en pleine face. Mais à aucun moment elle ne va se dire, "Whaou, ça c'est le travail d'un artiste" et le pire c'est qu'elle ne dira même pas : " d'ailleurs ça me rappelle presque le gars qui fait des portraits de star sur des têtes d'épingles...".


Si vous utilisez le tatouage pour vous embellir, si vous utilisez le tatouage pour parler de votre vie et uniquement vous regarder dans la glace comme j'ai pu entendre cette phrase "je ne le fais que pour moi", votre tatouage peut être considéré comme de l'art uniquement pour vous. Si en fait vous ne parlez que de vous et de votre famille pour vos proches, disons que c'est de l'art à l’échelle de votre famille. C'est en cela que je veux encourager les gens à coder leurs tatouages. Si l'on se fout du dialogue avec les autres autant aller plus loin et ne même pas leur donner l’occasion de pouvoir lire frontalement l'objet de notre tatouage sous une forme banale et beaucoup trop vue. Brouiller les pistes du symbolisme sèmera le doute sur la qualité plastique et vos motivations, mais si le dialogue avec le corps est ouvert vous aurez l'aura d'une "oeuvre d'art" dont on ne saisit pas toujours le contenu mais dont l'intention nourrit le regard de l'autre. Les faits personnels concrets, frontaux, trop précis ne nous lient pas, en revanche les émotions et leur énergie difforme sont des portes sur l'empathie des plus averties et des plus sensibles.

Et je sais que si je prône cette recherche et différence c'est aussi parce que j'ai conscience qu'elle ne deviendra jamais un canon ou un courant majeur. Et si jamais elle le devenait, il faudrait trouver la surenchère.

Si vous deviez vous faire tatouer par Salvador Dali qui est incontestablement reconnu comme un artiste, pensez-vous pouvoir lui demander quelque chose qui vous concerne pour créer ? Ou alors pensez-vous pouvoir faire un voyage plus profond en le laissant envelopper votre corps de sa vision à lui ? Mais cela au risque que le résultat ne vous plaise pas ? 
D'un autre côté, l'origine de l'art se fond dans l'artisanat, l'art religieux qui dispose d'un lourd patrimoine artistique fonctionnait avec des artistes/artisans dont la seule préoccupation était de se mettre au service de la représentation du Divin sans jamais se soucier de mettre en avant un propos personnel, ou mieux - ou pire - une personnalité. On remonte à la préhistoire pour se poser la question de leurs motivations ?

Cette question m'énerve en fait ... On vient chercher l'image du statut sans en accepter la composition qui est l'origine même de la "création".



Est-ce que je fais de l'art ? Des fois je crois oui mais plus souvent non. Est-ce que c'est important ? Je ne sais pas. Pourquoi j'en parle ? Parce que c'est important pour moi de partager ces questions afin de savoir où je mets les pieds. J'ai besoin de désacraliser cette fausse relation valorisante du statut d'artiste que beaucoup utilisent comme un mot bonus permettant de combler une paresse. 



...

2019

vendredi 21 juin 2019

ABOISSON 09 -

Episode 09 - 5 Tatouages Importants



Si tu penses avoir un classement plus intéressant...
dis le NOUS !
Le projet TON VISAGE dont je parle en fin de vidéo est ici: https://www.youtube.com/watch?v=2f075fHj9Gw


Réagis, abonne toi et réponds à ma question. C'est le plus long de tous mes formats, précise-moi si je dois continuer dans cette direction ou si au contraire tu préfères les contenus plus courts.

----------------------------------------- liste des sources illustrant cette vidéo à retrouver dans la description YOUTUBE ! -----------------------------------------

Prochain rendez-vous le 1er jeudi du mois 22h22 sur Instagram Live.
Abonne -toi à ma news-letter pour voir la prochaine vidéo en avance + tous mes projets en exclu. -----------------------------------------


"Le tatouage est-il un art?"


Aboisson est un court programme de réflexions autour du tatouage "moderne" tel que je le visualise. J'ai répertorié une liste de sujets qui vont me permettre sporadiquement de répondre petit à petit à cette grande question.

jeudi 13 juin 2019

Twins tattoo

TATOUAGE DE SOEURS



Dans mon atelier quand mes clients arrivent je suis toujours un gamin qui se prépare à s’amuser à l'image de ma rencontre avec Lucille et Valentine dans le passé. Je erre dans les recoins de ma tête sans trop me soucier du parcours que je fais ( oui je force un peu mon texte parce-que j'ai mis ce gif au-dessus) ayant l'assurance que mon atelier me protège.

Mais je dois reconnaître qu'à chaque tatouage "duo" j'ai toujours une petite sensation bizarre. Quand on est tout seul avec son client on établit une relation réciproque évidente. On fait partie de l'ensemble à proportions égales, on est à la fois brique et ciment alors que fasse à un duo fusionnel, on redevient spectateur et la meilleure des postures à adopter est d'être un petit bout de ciment. C'est un privilège dans une situation comme la mienne ( enfant unique sans cousins cousines proches) de voir au plus près la fusion ou du moins l'envie de s'inscrire dans l'un et l'autre en tant que frère ou soeur. J'ai deux enfants et je me pose la question de la complicité au sein d'une fratrie, de mon impact dans tout ça...là aussi j'essaye d'être un premier ciment. Dans le cas  d'Edwige et Maud j'ai assisté à des retrouvailles, de l'admiration, de l'encouragement, la confiance aveugle, le "donne moi ta main je t'emmène ça va être super t'inkiète" ... bien sûr tout n'est pas rose et au sein d'une même fratrie des duos peuvent se former à l'instar de l'ensemble. 

Si le tatouage est un ciment symbolique je ne perds pas d'esprit que les symboles ne nous sont pas vitaux. Les symboles sont faits pour combler les manques physiques et perdurer à travers le temps et l'espace par l'esprit...le temps de notre vie.


Et comment on a fait pour créer ces tatouages et ces marques ?
Demandez leur à elles, ça leur appartient maintenant.


mercredi 12 juin 2019

construire ou détruire


CONSTRUIRE OU DÉTRUIRE ?





Pourquoi ça impressionne plus de voir un feu d'artifice plutôt que d'écouter Fred et Jamy comment   fabriquer un spectacle  pyrotechnique (en vraie leur émission elle était cool mais faut vouloir se taper leur intonation).

Redit: avoir des enfants est sans aucun doute l’événement le plus commun de l'histoire de l'humanité mais c'est aussi l’événement le plus bouleversant à l’échelle de l'homme. Avoir un enfant qui grandit sous mon toit c'est l'occasion d'analyser le comportement humain dès sa naissance. Voir comment se construit l'interaction de l'individu avec son environnement. Vivre avec ces enfants quand on essaye d'être un créatif* c'est remettre en question notre façon de produire, revenir sur un plan plus basic et primitif pour assister à la création de dessins désintéressés. Des créations vivantes sans projection !


Alors qu'il ne suffit que d'une seconde pour envoyer un boulet dans le mur et mesurer la force des matériaux, je me rends compte qu'instinctivement la construction laborieuse, méticuleuse qui demande de prendre un peu de recul n'existe pas lors de nos premières heures "créatives". Elle n'existe que plus tard dans l’apprentissage. La construction demande de développer une maîtrise de soi. La construction est discrète et son impact ne se mesure qu'à travers le temps, tous les jours brique par brique. Tout processus de construction doit passer par une gestation douloureuse qu'on appelle le travail. Et apprécier cette gestation ça reste du domaine du fantastique.





Je constate que la destruction provoque un sentiment de jouissance énorme. La destruction permet de prendre conscience de la résistance de notre environnement tout en le confrontant à notre force. La destruction est rapide, fulgurante et s'en réfère plus au reflex qu'à la réflexion. Mais quand on est petit on nous dit que c'est mal. " Prends ton temps " mais prend ton temps pour quoi ? Qui sait concrètement ce qu'il construit et pourquoi il le construit ? Moi je vous le dis mon seul plan est de construire des choses pour explorer le temps. Justifier un bout de chemin sans trop me dire "à quoi bon" . Et parfois cela passe par des heures de réflexion pour construire une pensée afin de mieux détruire ce que l'on m'apporte à la manière d'un feu d'artifice. Avec recul je ne pense pas que mon activité de tatoueur me permette réellement d'aider mes clients à se construire. Dans mon processus de marquage et de trace je participe à une destruction consentie. Une création d'empreintes et de cicatrices assumées qui deviennent surement le symbole d'une construction à venir. On me demande souvent de provoquer le lâcher prise ... comment construire quelque-chose sans contrôle ?

" Mon seul plan est de construire des choses pour explorer le temps. 

Justifier un bout de chemin sans trop me dire "à quoi bon ? " . "


Il est excitant de découvrir ou détruire quelque-chose en premier mais au fur et à mesure que le temps avance c'est de plus en plus difficile de se projeter comme "LE premier" explorateur. Etre le premier c'est prendre tous les risques. C'est risquer de se détruire, risquer de perdre son temps, risquer de se perdre ... c'est excitant ! Dans tous les cas j'encourage à ne pas faire allégeance indéfiniment au passé qui freine notre propre développement comme une carte avec un sens de lecture obligatoire.

Une recette magique ? Je crois qu'il faut étudier le passé pour mieux le détruire avant de construire ce que nos enfants détruiront à nouveau. Laisser "des monuments" revient à ne laisser que des poids qui freinent l’expérience de vie la plus intense de chaque génération. Pour l'image j'aimerais qu'il ne reste que des ponts et qu'il n'y ait jamais aucun terminal.

J'espère juste ne pas avoir peur de laisser ma place quand il sera temps...







*créatif: je dis créatif pour fluidifier la lecture mais en vrai le terme adéquat est toujours réactif dans mon cas.

vendredi 7 juin 2019

Podcast tatouage avec Guillaume Smash

DIVAGATION
avec
Guillaume Smash



Lors de son dernier passage à Clermont-ferrand en avril 2019 Guillaume Smash et moi même ( après la reproduction des origines ) avons pris le temps de poser le micro entre nous lors d'une partie de Mario Kart. De quoi parler sans stress à un autre rythme. Je te conseille de t'allonger et de te détendre à côté de nous pour partager quelques questions sorties de l'espace à une heure où je dors habituellement.

Bonne écoute.

ps: la saison 2 de CALLS est en ligne (ça n'a presque pas rien à voir).