dimanche 7 avril 2019

Les mots de Fanny




Fanny est venue dans mon atelier il y a deux ans. Nous avons partagé une session forte dont je n'ai jamais réussi à trouver le temps de cliper les images...en attendant que cela arrive voilà le témoignage de F. suite à notre dernière rencontre il y a quelques semaines. Bonne lecture:

" Je suivais le travail d'O. depuis un certain temps, sa singularité m'avait attiré. L'indéfinissable derrière ses œuvres me parlait beaucoup, je me sentais proche de cette personne sans la connaître.
L'idée de me faire tatouer une "grosse pièce" très personnelle, pas comme les autres,s'affirmant de plus en plus, je suis rentrée en contact avec O. ; selon la procédure : échanges de mails, formulaire à remplir, prise de rendez-vous.
Puis nous nous sommes rencontrés... Nous avons passé l'après-midi ensemble sans la moindre trace de tatouage sur moi.

J'ai découvert l'atelier d'O. , son univers mystérieux, noir et lumineux.
J'ai regardé, observé, contemplé. Il m'a d'abord proposé un café puis questionné pour "en savoir plus". Il est vrai que j'étais restée relativement abstraite et évasive dans mes réponses écrites. Je crois que de mon côté j'avais besoin de venir chercher la finalité de mes inspirations et respirations chez O., en tout cas avec lui. J'avais le sentiment de pouvoir me faire comprendre sans forcément parler ou tout dire. Un peu comme un déplacement sans jamais bouger! 

On a quand même beaucoup parlé, dans l'échange et le respect.
On a parlé de nos goûts, de nos passions, de la vie, de la mort, des crevasses, des arcs-en-ciel, de la lune, de l'océan, de la danse, de musique, du vent, du mouvement, de l'énergie, de la terre.

Puis on a mis "coco rosie" , O. a installé un très grand format papier au sol et on s'est lancés, lâchés...on a peint, on a jeté l'encre, on a dansé l'encre. Il y a eu dans ce moment de partage beaucoup de désirs enfouis, d'envies libérées, des incertitudes assumées, des vibrations sonores et gestuelles. Il y avait deux enfants et deux adultes. Deux corps. Un corps. De beaux reflets. Il y a eu sans les nommer les choses que je voulais voir apparaître sur mon corps.

tatoueur clermont ferrand olivier poinsignon free hand


Nous n'avons pas vu passer l'après-midi, c'était un temps "hors temps"! . Il était trop tard pour réaliser le tatouage mais quelle importance! Nous venions de partager un moment unique et magique.

Un mois plus tard je suis retournée chez O.
O. avait de nouveau préparé quelque chose au sol mais cette fois-ci c'était un emplacement réservé à la réalisation de mon tatouage. Nous avions passé une après-midi à peindre à même le sol, le tatouage ne pouvait se faire autrement.

"CandyLand" de Coco rosie, deux essais aux mouvements du morceau puis la réalisation concrète du tatouage.

Sentir le sol, ressentir les corps inconfortables, s'offrir à la métamorphose, respirer sa liberté en mouvements dansés de part et d'autre de mes épaules, de mes bras et du haut de mon dos.

Ce premier projet, cette première collaboration avec O. m'a ouvert des amplitudes encore inexplorées et je le remercierai jamais assez. Ce tatouage est un peu LE tatouage de ma vie.



tatoueour clermont ferrand noir abstrait graphique olivier poinsignon cocorosie

Deux ans pus tard j'ai de nouveau sollicité O.
Besoin de reprendre de l'air et un souffle nouveau dans ma vie.
Cette fois-ci ma demande était un peu plus précise, je désirais une montgolfière et que celle-ci figure sur ma cuisse gauche. 

Pour ce projet nous avons dû nous voir trois fois. 

Au premier rendez-vous O. a dessiné la montgolfière. Puis nous avions décidé de réaliser des bulles d'air autour de la montgolfière pour recréer mouvement et liberté.

Malheureusement le premier essai n'a pas été concluant. Et pourtant O. y avait mis du sien en bricolant un "pistolet à bulles" spécialement pour moi. De mon côté j'ai beaucoup ri et cela ne me posait aucun souci de revenir pour poursuivre. O. lui n'était pas content du tout et s'en voulait! . Mais mon cher O. c'est en faisant que l'on découvre et que l'on apprend!
Pour le deuxième rendez-vous O. m'a bandé les yeux . Je me suis dit "whaou! il va me tatouer sans que je ne voie ni ne maîtrise rien", ça m'a un peu fait peur mais je lui fais confiance et j'étais prête. Finalement le masque n'était que pour le dessin. Je me suis laissé porter par le "jeu" et par les sensations...

" Je suis allongée, détendue, mais j'ai un peu froid. Le vent qui commence à souffler sur moi amplifie la sensation du froid mais je me concentre. Je suis dans ma montgolfière, entre ciel et terre, je suis un oiseau, je vole. Je pense comprendre ce qui se passe. L'encre coule le long de ma cuisse, sur mon genou, sur les côtés. J'ai l'impression qu'il y a vraiment beaucoup d'encre! J'ai l'impression que O. prend ses aises et qu'il va me tatouer toute la jambe. Je laisse faire, je disparais derrière mon masque, je libère mon corps.

O. me dit qu'il a fini ! Il va me retirer le masque mais avant il me demande si j'ai une idée de ce qu'il vient de faire. Je bredouille : "ventilateur"... Oui, c'est bien ça! O. a utilisé un ventilateur et des petites bandes découpées (comme une baguette de sorcier !!!) et en approchant sous différents angles la baguette (baguette encrée évidemment!) a laissé les courants d'air se déposer sur ma jambe ...La suite du tatouage allait pouvoir se faire. "
Je n'ai pas parlé de la sensation de l'aiguille à cet emplacement. Je m'attendais plutôt à quelque chose de "cool". La cuisse étant un endroit plutôt charnu je pensais que cela atténuerait les sensations, la douleur ... Je me suis trompée. J'ai ressenti une douleur vive, lancinante, comme des élancements aigus. Cette sensation m'a rappelé des méchants coups de soleil que j'avais attrapés il y a quelques années au même endroit. Je suis sortie de ces séances d'encrage épuisée, ma cuisse gauche me semblant à la fois lourde et engourdie.

Nous avons terminé cette deuxième séance mais il manquait encore quelque chose. La montgolfière est apparue trop anodine et faible par rapport aux différentes traces volant tout autour d'elle. 

Nous avons convenu d'un troisième rendez-vous, laissant du temps à la réflexion et à la création. Les imprévus de la vie ont fait que ce troisième rendez-vous a été modifié deux fois, nous avons donc eu encore plus de temps pour finaliser cette pièce.

De mon côté ce laps de temps m'a permis de m'approprier ce nouvel encrage. Il n'a pas été aussi simple et évident que le premier (je parle de celui réalisé deux ans auparavant avec O.). Effectivement je suis passée par différents ressentis. D'abord l'excitation, l'euphorie...puis le doute. Ce tatouage m'est apparu trop envahissant, débordant, exagéré. De plus j'avais choisi un endroit difficile pour moi : mes jambes, la cuisse. Difficile dans la conscience corporelle que j'ai avec cette partie de mon corps. Difficile dans ma dysmorphophobie globale. Je me suis située pendant plusieurs jours entre déchirure et beauté ; douleur et consolation.

La troisième séance a permis au tatouage d'exister vraiment.
Nous avons décidé de faire un cordage à ma montgolfière et O. m'a proposé de la noircir.
Le résultat a eu le mot de la fin : exactitude. Je me suis sentie m'envoler avec ma montgolfière.

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Cependant il restait encore une dernière touche finale...
O. termine toujours ses séances de travail par des photographies de ses pièces. Ainsi il peut créer des publications et montrer son travail. Nous avons donc fait les photos. Puis O. m'a envoyé les photos, de jolies photos car O. est bon photographe MAIS des photos avec mes jambes!!! et là j'ai eu une remontée d'angoisses et de vertiges. O. ne pouvait pas publier ces images-là, ça me touchait trop dans mon intimité profonde, dans mon histoire sombre.

Dilemme. J'étais prise dans ma propre incohérence...

Je pense que O. est une sorte de magicien, un guérisseur sans le savoir, une personne tellement bienveillante et respectueuse qu'il vous console de l'inconsolable et c'est en écrivant ces quelques lignes que j'ai décidé de le laisser publier notre travail.

Le tatouage est un morceau de soi, chaque pièce contribuant à la recomposition de notre puzzle . Merci O. d'y contribuer avec tes aiguilles pleines de coeurs (clin d'oeil pour le tattoo à venir ;-)) " .

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C'est une chance pour vous et moi de pouvoir lire ça, vos témoignages et vos récits ont une place d'honneur sur ce blog. Merci de prendre du temps et de nourrir un autre aspect du tatouage. Je remercie également Fanny pour ce beau texte et aussi pour avoir cassé mon trait fin 2016.

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