vendredi 19 juillet 2019

L'EGO dans la peau

L'EGO dans la peau

Client ou tatoueur, qui a le plus gros Ego ? Et pourquoi un dessin voit sa valeur s'élever dans l'imaginaire collectif quand il est sur la peau ?


Sans avoir de connaissance de la relation entre un sujet et son support, nous réagissons de manière systémique face à l'occupation d'une image, l'engagement perçu dans sa réalisation fait son coût (surtout n'osez pas remettre en question ce que je dis car je suis un grand scientifique, c'est évident). C'est ainsi qu'une fresque géante aura souvent plus d'impact qu'un petit flyer avant même que l'on en saisisse le propos. L'envergure physique d'une image et la taille du support créent une première sensation de domination là où le flyer repose sur le sol où l'on marche. La fresque géante implique des heures de travail et donc de labeur là où le flyer mineur semble n'être qu'une photocopie physiquement peu engageante. De plus, la grande fresque bénéficie de l'image du graffiti, le risque pénal qu'encourt le “graffiteur” pour propager son message (ou son Ego) renforce l'idée de difficultés surmontées pour créer une telle image… Banksy, je pense à toi en écrivant ces mots. C'est ainsi que le tatouage en tant que pratique flattant l'anthropocentrisme fait aujourd'hui parti des média les plus regardés. Nous avons tous une idée sur son coût physique, temporel, monétaire et social.

"Petite fille aux ballons" 2005 Israel par Banksy
"Petite fille aux ballons" de Banksy, 2005, Israël. 


" Concernant l'impact d'une image au premier coup d’œil, l'effort physique surpassera souvent l'effort intellectuel. Tatouer c'est plus compliqué que dessiner sur papier ! L'effort physique devrait donc être partie intégrante du concept pour équilibrer le fond et la forme..."


Pourquoi un dessin sur la peau vaut plus que sur papier ?
Ce n'est pas tout à fait vrai mais en tant que tatoueur il y a plusieurs positions où cela se vérifie. Par exemple, la production de flashs et cette fameuse phrase que l'on retrouve sur les réseaux sociaux de tatoueurs : " j'aimerais beaucoup le tatouer celui-ci ". Pourquoi dit-on cela ? Pourquoi a-t-on envie de le faire si l'on sait que le dessin fonctionne, qu'il est tatouable, que l'on a la capacité de le faire et qu'en plus les followers vont le "liker" ? On va juste changer de support ! 

Je vois plusieurs réponses simples dont une pragmatique. Cette dernière concerne uniquement le tatoueur, car pouvoir payer son loyer en faisant un dessin que l'on aime, c'est pas désagréable ! Dessiner un flash c'est cool, mais ça prend du temps et ça ne paye pas tant que le flash n'est pas tatoué. Cela présente donc un risque de perte de temps. Donc tatouer un flash que l'on a préparé c'est parier sur des thématiques et des plastiques qui vont nous faire vivre (en tant que tatoueur). Le client peut ressentir cela (pas le fait qu'on doive payer notre loyer). Il ressent l'envie et l'investissement dans une thématique. C'est flatteur en tant que client de savoir que le faiseur a un attachement à sa réalisation, cela valorise le projet et cela garantit aussi un niveau de soins particulier. Comme si ce projet brillait un peu plus que les autres pour lui. Mais le client ne se trompe-t-il pas en voulant absolument tomber sur un tatoueur qui va "aimer" son projet ? Pourquoi est-ce si important que le tatoueur se sente en phase avec votre projet ? Pourquoi lui demander en fin de séance s’il est content de son travail ? Et ce quand vous lui avez imposé les choix de composition, l'échelle et la hiérarchie des informations. Pourquoi se soucier de l'avis de quelqu'un dont on souhaite prendre le contrôle ?

" L’œil du tatoueur valorise le sujet ! "

#bullshit


J'émets l’hypothèse que le caractère égocentrique du tatouage pousse le client à choisir un tatoueur renommé soit par réel intérêt de son propos, soit par souci de soumettre sa personne, son corps et ses goûts à quelqu'un dont on acceptera publiquement l'ascendance. Car dans notre société, la "fame" est un critère de sélection (je sais de quoi je parle avec mon demi million de followers). Plus le tatoueur est connu et fait figure d’autorité, plus notre soumission au professionnel en tant que client semble "logique" et surtout pas humiliante, là où on refuserait à un apprenti de nous dire quoi porter et comment ! Un "vrai artiste" on accepte qu'il sache pour nous seulement si c'est un artiste reconnu. 
A l'inverse certain ne souhaiterons pas se faire tatouer par un tatoueur auteur dont la signature finira par posséder un bout de leur corps. Ils ont besoin d'un faiseur sans nom permettant d'illustrer leur propriété en respectant des contraintes techniques minimales. Et c'est dans ce cas précis que la question "est-ce que ça te plait ? " m’agace. " Non ça ne me plait pas, mais ça m'est nécessaire et ça ne doit pas te poser de problèmes car nous vivons grâce à cette réciprocité "*.
*dans mon cas je me fais un malin plaisir à montrer ce qui ne me plaît pas quand ça arrive, c'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour montrer quand quelque chose me plait vraiment et que je suis sincère. Tout aimer, ce n'est pas possible, cela ne donne aucun relief et cela ne permet pas d'avoir d'éléments de comparaison ou de contraste. 



Si vous reliez les points vous savez que mon message actuel autour de l'ego renvoie vers le projet TON VISAGE qui illustre une vraie volonté de rupture avec ce que je viens d'évoquer. A ce sujet mon amie DaDa m'a très justement éclairé sur l'importance de l'ego dans le développement de l'humain. A l'enfance l'ego se développe rapidement pour nous protéger des blessures et de l'isolement. L'ego développe des stratégies permettant de ne pas rester dans l'ombre, de ne pas être oublié car quand on est enfant nous ne sommes pas indépendants ni autonomes. L'oubli de notre existence par notre entourage signifie directement notre mort. J'ai un bébé à la maison… Il ne sait pas se faire à manger mais il sait crier pour dire qu'on est en retard dans la préparation du repas ! L'ego fait prévaloir notre existence sur l'occupation des autres en mesure de s'occuper de nous. Le problème c'est qu'en devenant adulte, il faut reconsidérer l'ego alors qu'il nous a permis de vivre ou survivre jusqu'ici. Être un adulte avec un ego d'enfant fait de nous des personnes dysfonctionnelles continuant de faire valoir notre propre personne alors que c'est la communauté qui nous a permis d'en arriver là. L'ego d'enfant protège à court terme pour garantir une éventuelle existence dans le futur. Mais cette même mécanique de réaction à court terme empêche un adulte de communier, il l’empêche de se baisser pour servir d'appui à des causes qui le dépasseront. L'ego aime le pouvoir et l'autorité qui finissent par être la prison empêchant l'enrichissement extérieur et la mise en commun de remise en questions...l'ego est une armure lourde dont il faut savoir se défaire pour continuer d'avancer et éviter de rester paralysé dans une joute.Pour revenir au cœur de mon sujet, voilà pourquoi un dessin sur la peau vaut plus que sur papier:La réponse la plus forte à mes yeux c'est l'incarnation du motif. La volonté de se faire tatouer c'est faire rentrer une symbolique, une esthétique, un concept sous la peau. C'est faire d'un dessin inerte sur papier un passager de notre corps jusqu'à la mort. C'est partager un bout de notre vie avec une idée, un symbole, une trace, une mémoire. Non pas pour la rendre éternelle mais simplement pour lui donner de la vie le temps de notre passage. C'est montrer que parmi toutes les images que nous avons croisées ou imaginées certaines valaient notre temps, notre argent, notre souffrance, nos voyages, nos ruptures sociales, notre diplomatie, notre espace corporel**. Certaines images méritent que l'on finisse par ne plus nous regarder dans les yeux mais plutôt sur les bras, les jambes ou le torse.
**Et si j'étais une femme je pense que mon décolleté serait un emplacement militant.



Mais qu'est ce qui fait que l'on préfère porter ce flash plutôt que d'en avoir une impression accrochée au mur ? Ou simplement de l'avoir en fond d'écran sur notre portable ? Dans le monde de l'image où nous vivons, l'omniprésence d'images et la pluralité des supports fait ressortir une hiérarchie valorisant les sujets. Pour un même logo dessiné, quel est le support qui marquerait le plus ?
On évalue l'impact et la valeur d'une image en fonction du rapport "attendu" entre la nature du support et la nature du sujet. Une tête de mort sur le bras d'un biker semble plus logique qu'une tête de mort sur le porte document d'un banquier. Pourtant c'est moins compliqué à mettre en place en terme de temps-douleur-argent.

Effectivement changer un fond d'écran sur ton portable que tout le monde peut charger sur internet ça semble accessible et futile. Pourtant le fond d'écran dominant de ton portable symbolise souvent un attachement particulier comme la photo dans le portefeuille de nos parents il y a quelques années. Et ça se renforce si au bout de quelques années c'est toujours la même image que tu utilises...
D'ailleur est-ce que cela ne serait pas plus beau, plus puissant, plus éprouvant mais évocateur de rencontrer une personne qui transporterait sur lui, dans ses poches le premier dessin de son fils, tracé sur une feuille fragile il y a plus de 60 ans. Imagine qu'il ait porté cette image tous les jours de sa vie avec les contraintes que cela implique. Porter, transporter, accompagner et faire voyager une seule image et pas des centaines. La plus importante à nos yeux, une sélection qui témoigne de sa propre fragilité en étant sacralisée dans le quotidien répété de la vie. Vie qui ne permet pas de garder une image intacte si l'on fait le choix de vivre !

le grand bleu tatouage



Gourmet, gourmand, goinfre ou porc de l'image... peu importe le support, c'est votre façon d'incarner une idée, une image, à répétition ou de manière exclusive qui donne une indication de votre attachement et de votre engagement envers elle. 


Cette article est co-écrit avec mon orgueil et ma philanthropie. 
PS : je vous déconseille de ne lire que les passages en gras

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